© Silvan Wegmann (AZ/Sonntag)
Image: Silvan Wegmann (AZ/Sonntag)

Je ne prétendrai pas que ma dernière contribution et mon commentaire sur les dons faits aux partis par les grandes banques sont restés entre nous. La phrase la plus controversée avait pourtant déjà été prononcée dans un discours (suivi par de nombreux journalistes) et se trouvait déjà quelque temps auparavant sur Internet. Mais ce n’est que la publication sur le blog qui a provoqué des réactions. Comme quoi, suivant le mode de communication, les mêmes propos suscitent tantôt l’indifférence (Internet), tantôt l’approbation (discours), tantôt le rejet (blog). Dans un commentaire paru dans la NZZ am Sonntag, il a même été dit que je « n’aimais pas les médias » et que je préférais m’adresser « directement au public dans le blog » sans passer par les journalistes.

Pourtant les controverses suscitées par les concessions radio et TV octroyées la semaine passée prouvent que tel n’est pas le cas:

Le week-end passé, la Sonntagszeitung m’a sollicité pour une interview à ce sujet. Elle m’a posé vendredi les questions et j’y ai répondu par écrit samedi. J’avais à peine terminé mon travail que le journal est venu m’annoncer qu’il renonçait à la parution (une autre interview écrite consacrée au blog a en revanche été publiée normalement).

Il ne me reste donc plus que le blog et, faisant une vertu du reproche qu’il m’est fait de rechercher le contact direct avec le public, j’ai décidé de reproduire ici l’interview non publiée.

  • Question 1: En ville de Zurich, les radios de la SSR disposent de 12 fréquences OUC, les stations privées de seulement 6 (plus 3 pour les radios événement). Pourquoi cette différence?
    Réponse: Les privés occupent beaucoup plus de fréquences. Les diffuseurs des régions voisines (Winterthour, Argovie, Suisse orientale) émettent jusque dans la ville de Zurich. La SSR a besoin de ces fréquences pour remplir son mandat de prestations (les trois programmes en langue allemande et le journal régional). La diffusion des premiers programmes des autres régions linguistiques est obligatoire, ce qui vaut inversement aussi en Suisse romande et au Tessin. Notre quadrilinguisme exige bien des fréquences !
  • Question 2: Rete Uno, le premier programme tessinois, occupe à lui seul deux fréquences en ville de Zurich, la radio Energy destinée aux jeunes n’en dispose d’aucune. C’est à y perdre son latin !
    Réponse: Rete Uno diffuse dans une zone beaucoup plus étendue que la ville de Zurich. L’échange entre les régions linguistiques a été un choix délibéré; n’oubliez pas que beaucoup d’italophones résident dans la région zurichoise.
  • Question 3: Le conseiller national radical Filippo Leutenegger veut déposer une motion demandant la redistribution des fréquences entre radios publiques et privées. Le Conseil fédéral est-il disposé à y donner suite?
    Réponse: Le Conseil fédéral se prononcera là-dessus prochainement. La question a été abondamment débattue au Parlement lors des délibérations consacrées à la loi sur la radio et la télévision: une redistribution radicale des fréquences a été rejetée.
  • Question 4: A la conférence de presse d’hier, vous avez évoqué une garantie donnée par Cablecom: TeleZüri continuera d’être diffusée sur le téléréseau. Quelle est la nature de cette garantie?
    Réponse: J’ai discuté avec les responsables de Cablecom; le câblo-opérateur ne peut pas se permettre de retirer TeleZüri du réseau ; ses abonnés s’en plaindraient. Et si Cablecom persistait quand même, nous pourrions l’obliger à diffuser TeleZüri dans la région zurichoise.
  • Question 5: Comment pouvez-vous garantir que les diffuseurs privés sélectionnés tiendront aussi les promesses qu’ils ont données avant de recevoir leur concession?
    Réponse: Les diffuseurs feront contrôler par des organismes externes l’assurance qualité promise. En cas de manquements graves, l’OFCOM pourra au besoin prendre des mesures. Par ailleurs, dès l’année prochaine, les programmes seront analysés par des scientifiques ou des universités. Les résultats seront publiés afin de susciter un débat public sur la qualité.
  • Question 6: En ce moment les chaînes de la SSR sont évaluées par des spécialistes des médias, l’année prochaine ce sera le tour des diffuseurs privés. Il est en outre prévu d’instaurer « un système d’assurance qualité interne auprès des diffuseurs de radio OUC et de TV ». La bureaucratie va-t-elle envahir les rédactions?
    Réponse: L’importance accordée à l’interne à la qualité ne relève pas de la bureaucratie, elle est la norme dans chaque corps de métier. Toute entreprise qui travaille sérieusement en est parfaitement consciente. D’autre part, la quote-part de la redevance que recevront les télévisions privées n’est pas négligeable.
  • Question 7: La station privée Energy devra cesser d’émettre à cause de son caractère de boulevard, alors que la télévision alémanique Schweizer Fernsehen, financée par la redevance TV, présente des « Money Girls » passablement déshabillées dans son émission « Deal or no deal ». Combien de perversion le paysage audiovisuel suisse peut-il supporter?
    Réponse: Energy ne s’est pas vu refuser sa concession en raison de son caractère de boulevard, contrairement à ce que prétend Ringier. Quant à la SSR, elle produit encore d'autres émissions que « Deal or no deal ».
  • Question 8: Ne serait-il pas temps de procéder à une réforme fondamentale du paysage médiatique suisse?
    Réponse: Les débats concernant la loi sur la radio et la télévision ont duré dix ans; la loi est en vigueur depuis l'an dernier. Etant donné les conditions actuelles (potentiel économique, fréquences disponibles), le Conseil fédéral et le Parlement sont parvenus à la conclusion que la marge de manœuvre est restreinte au niveau politique.
  • Question 9: Votre décision vous a valu de sévères critiques et même des insultes sur Energy, Facebook et plusieurs autres forums. Vous le comprenez?
    Réponse: Je n'ai aucune compréhension pour les journalistes professionnels qui prétendent expliquer nos décisions par des motifs bassement personnels tout en sachant pertinemment que cela n'est pas vrai. Mais je ne peux pas en vouloir aux jeunes auditeurs en colère dans ces circonstances.
  • Question 10: Serez-vous toujours ministre de la communication dans dix ans, lors du prochain octroi des concessions?
    Réponse: Oui, bien sûr.

Il est évidemment beaucoup question de Zurich dans cette interview qui n'a pas été publiée. C'est pourquoi, sur la question des concessions, je souhaiterais encore apporter quelques précisions.
Comme l'on s'y attendait, l'octroi des concessions a suscité de vives réactions, surtout à Genève et à Zurich où deux radios locales - One FM et Radio Energy – sont rentrées les mains vides. Ces radios remplissaient le moins bien les critères fixés par la loi et ne sont pas parvenues à montrer de manière convaincante comment elles comptaient couvrir à l'avenir l'actualité politique, économique, culturelle et sportive de leur région. C'est ce critère que nous devions appliquer, car il est explicitement prescrit dans la loi. Je le signale aussi dans l’argumentaire préparé en vue de la conférence de presse. La plupart des journalistes ont d'ailleurs vu dans notre décision l’aboutissement d'une procédure certes laborieuse, mais correcte. J'ai surtout été impressionné par la réaction souveraine du Tages-Anzeiger et de Tele Züri, qui est directement concernée. Seuls le Blick am Abend, le Blick et le Sonntagsblick, qui, comme Radio Energy, appartiennent à Ringier, ont voulu voir dans l'octroi des concessions un acte de vengeance personnelle du ministre de la communication. Ils ont ainsi prouvé leur mauvaise foi, car ces éditeurs connaissaient déjà pertinemment les règles du jeu en remettant leur demande de concession et ils les ont acceptées. Il faut certainement un certain courage pour expliquer à ses collaborateurs la défaite que l’on a essuyée face à la concurrence. Quand je pense au nombre de fois où j'ai défendu la légitimité politique de la presse de boulevard - en précisant cependant que les critères de qualité sont aussi valables pour elle -, les commentaires des rédacteurs en chef du Blick et du Sonntagsblick apparaissent clairement comme la tentative de créer une légende du coup de poignard dans le dos. Comme je l'ai dit dans l'interview accordée à la SonntagsZeitung (et non publiée), je peux en revanche très bien comprendre l'indignation des auditeurs et surtout celle des collaborateurs qui s'identifient à leur média et se dépensent pour lui chaque jour sans compter.

A bientôt
Moritz Leuenberger


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