Ce sentiment est partagé par beaucoup de personnes, même par des parlementaires fédéraux, dont certains sont bien plus âgés que vous. Après la joie liée à l’élection, la tension redescend, la vie quotidienne reprend son cours, et l’on est gagné par une sorte de désillusion, voire chez certains par de la frustration. Oui, même Kofi Annan évoquait dans son discours d’adieu à l’ONU comment le roc qu’il avait hissé en haut de la montagne lui avait échappé et était retombé.
Donc tout d’abord : ne sous-estimez pas votre influence! Celui qui siège dans un Parlement s’exprime et donne son avis, il a un impact sur les autres, peut-être pas direct, mais en tout cas indirect. Il influe la pensée et l’action d’autrui, tantôt par des arguments, tantôt par sa manière d’aborder un problème. Un plan d’aménagement qui ne se heurte pas à des oppositions se présente autrement qu’un plan qui a été critiqué par ses adversaires. Un Parlement sans jeunes députés fonctionnerait et déciderait complètement différemment. Si vous n’étiez pas là où vous êtes, cher Stephan Müller, les choses se présenteraient autrement. Vous siégez peut-être dans une commission (pour le génie civil, est-ce possible?) et proposez des solutions pour la commune, alors que, sans vous, on aurait cherché d’autres issues. Si cette commission décide maintenant de construire… mettons un giratoire au lieu d’un carrefour, vous partagez la responsabilité d’une planification qui contribue à réduire le nombre des accidents et, de ce fait, celui des blessés, voire des morts. Que cette réflexion puisse vous réconforter !
La politique, comme le disait Max Weber, consiste à « faire des trous dans des planches très épaisses avec le sens de la mesure ». Est-ce que, par ces petits gestes qui, de surcroît, ont lieu dans une petite commune de Suisse, l’on parvient à transformer le monde?
Eh bien oui!
D’une part parce qu’Oslo, San Francisco et Frauenfeld font aussi partie de ce monde et que ce dernier porte leur empreinte.
« C’est à Frauenfeld que doit commencerC’est ce que Jeremias Gotthelf voulait dire en parlant de « chez-soi » et de « patrie ». Ce sont les communes et les régions qui servent de modèles pour les grands changements. Péages routiers, zones piétonnes, politique en matière de drogue. Il y a des cités de l’énergie qui parviennent à réduire leur consommation d’énergie. L’UE ne serait pas en mesure de demander une réduction de 20% des émissions de CO2 si certaines communes n’avaient pas montré la voie. Et qui met les choses en branle dans les communes ? Des gens comme vous qui, espérant pouvoir changer les choses, y croient fermement et s’emploient à atteindre leur but.
ce qui doit luire dans ce monde. »
Encore une chose : en politique, personne n’agit seul, mais toujours avec d’autres. Un individu isolé ne peut pas transformer le monde. C’est pourquoi il adhère à un parti, à une organisation environnementale ou à une organisation de bénévoles. Lorsqu’un Parlement prend une décision, chacun est impliqué, même si son influence n’est pas évidente. Les citoyens pourraient aussi se dire en se rendant aux urnes que ce n’est pas leur voix qui comptera. Mais en votant quand même, ils exercent une influence politique. Ils font partie de la commune et participent à la communauté.
Cher Stephan Müller,
Vous devez bien entendu chercher votre chemin. Tout le monde n’apprécie pas la lenteur et l’influence indirecte dont l’on dispose dans un Parlement. Certains de mes amis ont quitté le Parlement pour se consacrer au journalisme ou à l’aide au développement. Pour la même raison, certains autres travaillent dans une entreprise publique pour contribuer à la vie de la commune, du canton ou de la Confédération. Il n’est pas exclu que vous soyez un jour actif à un autre niveau de la vie politique, par exemple au Grand Conseil, au conseil municipal ou dans l’administration, dans une entreprise publique ou même dans une entreprise privée dont l’action a un impact sur la vie publique.
Dans son discours d’adieu, Kofi Annan a aussi déclaré: « Ensemble nous avons hissé d’énormes rocs en haut de la montagne ». Notez qu’il dit « ensemble ». Vous en faites donc aussi partie. Le seul fait que des jeunes participent à la politique nous change, nous les aînés. Nous nous laissons émouvoir et prendre au jeu. Nous nous inspirons beaucoup de vos réflexions, de vos idées pleines d’espoir qui bourgeonnent en ce début de printemps.
Ne baissez pas les bras, pour votre bien et pour le nôtre !
A bientôt
Votre Moritz Leuenberger
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