Hühner (KEYSTONE/MUSTAFA QURAISHI)

Foto: KEYSTONE/Mustafa Quraishi

« Tu te reposeras le septième jour. » Le concept des journaux du dimanche consiste toutefois moins à entretenir la paix du dimanche qu’à l’interpréter de la manière la plus dynamique possible. Dans l’interview parue le 18 mai dans la SonntagsZeitung, j’ai soulevé trois questions: 1. Convient-il d’augmenter les primes d’assurance des automobilistes afin de financer les mesures du programme de sécurité routière «via sicura» ? 2. Une introduction en bourse partielle des CFF pourrait-elle servir à financer des investissements dans le secteur des transports publics? 3. Les recettes de l’impôt sur les huiles minérales qui s’estomperont bien un jour pourraient-elles à long terme être remplacées par un système de road pricing (péage routier) à l’échelle nationale?

La quatrième question que je me suis posée – tout en la gardant pour moi – était la suivante: lequel de ces trois sujets fera la une des autres médias? Je pensais d’abord que ce serait les primes d’assurance, mais ce sont les transports publics qui l’ont emporté avec des gros titres tels que «Privatisation des CFF« ou « Les CFF bientôt cotés en bourse ? ».

Les radios locales se sont manifestées dès le dimanche matin. Puis ce fut au tour du téléjournal de la télévision suisse alémanique de se manifester. A partir de là, le sujet a envahi pratiquement tous les médias, la NZZ se livrant à une analyse sobre et rationnelle des raisons pour lesquelles une introduction en bourse du chemin de fer n’a aucun sens. Puis, des avis tranchés opposés à cette « idée de privatisation » ou à ce « projet de cotation en bourse » ont paru dans d’autres journaux. En Suisse romande les esprits s’échauffent toujours plus dès qu’il est question de service public. D’après ce que j’ai appris par la presse, la Commission des transports du Conseil national aimerait s’en entretenir avec moi. Je le ferai volontiers, même si je lui dirai exactement ce que j’ai dit dans la SonntagsZeitung.

Mes propos étaient d’ailleurs clairs: nous avons besoin de nouvelles sources de financement pour améliorer nos infrastructures. C’est pour cette même raison que la grande coalition a décidé en Allemagne de mettre en bourse près du quart des actons de la Deutsche Bahn, et ce dans le seul et unique but de procurer de nouvelles ressources financières. Un tel projet n’existe cependant pas chez nous.

Mais il doit être possible de lancer des idées pour provoquer une sorte de brainstorming. Une idée de ce genre était l’affectation partielle de la taxe C02 en faveur des transports publics. Je ne sais pas si elle réapparaîtra lors de la consultation relative à la législation pour la période après « Kyoto ». Pour l’instant, elle ne paraît guère être d’actualité vu que cette affectation partielle est en soi contestée et que, si elle était acceptée, l’on semble privilégier son affectation à la rénovation des bâtiments.

En tant que ministre des transports, je reçois des plaintes de toute la Suisse sur l’insuffisance des investissements pour les transports publics. Ces plaintes sont parfaitement légitimes. Mais comment faire pour financer les projets nécessaires? Au terme de son examen des tâches, le Conseil fédéral a décidé, dans les faits, une croissance zéro des investissements destinés aux transports (alors que les secteurs de l’aide au développement, de la formation et de la recherche vont croître). Je dois donc commencer une réflexion à long terme et lancer un débat assez tôt. De même que je m’interroge aussi sur la manière dont nous financerons les routes et les réseaux RER le jour où, enfin, notre vœu de voir nos voitures rouler sans essence sera exaucé et où, par conséquent, l’impôt sur les huiles minérales disparaîtra.

La paix du dimanche permet de passer en revue le travail réalisé au cours de la semaine écoulée et d’y réfléchir. Elle peut toutefois aussi être consacrée à une réflexion dans l’avenir. Le financement des infrastructures ferroviaires et routières sera à ce titre le défi majeur du futur, ce que l’on appelle en latin une provocatio.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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