Chères blogueuses, chers blogueurs,

Tout d’abord merci à toutes et à tous de contribuer de manière aussi active à cette discussion. J’ai effectivement pris le temps de lire tous vos messages et je compte bien réutiliser certains de vos propos à d’autres occasions. Merci d’ailleurs à M. Felix Anderwert pour sa plaisanterie que j’ai déjà pu placer avec succès. Vous savez certainement qu’il ne me sera pas possible de commenter toutes vos contributions. Mais en tant que novice, c’est plutôt à moi-même que je dois le dire. D’ailleurs, en ce moment, la forme de ce nouveau mode de communication m'occupe presque autant que son contenu. Les journalistes me posent toujours des questions sur mon blog et je réalise désormais que ce dernier est considéré comme une concurrence par la presse. Cela explique un peu le ton moqueur de certains articles consacrés à mon expérience. Pourtant - et j’en suis certain - les nouveaux modes de communication modifient peut-être les plus traditionnels, mais il ne les remplacent pas. La radio n’a pas remplacé les journaux, la télévision n’a remplacé ni la radio ni les journaux et Internet n’a pas remplacé la télévision.

Mais revenons à notre discussion sur l’énergie :

Je comprends parfaitement Andres Stäubli à qui l’argumentation „produire du CO2 chez nous parce qu’autrement cela se fera à l’étranger “ pose un problème de conscience. En effet, en disant „ sinon les autres le feront à notre place “, il serait possible de justifier n’importe quoi ou presque. Néanmoins, les remarques de „Rosenstock“ et „Felix“ parviennent à la conclusion inverse: ils préfèreraient un stockage européen des déchets nucléaires plutôt qu’un stockage suisse. Cette attitude peut également poser un problème de conscience. En effet, presque tous les pays européens pensent que nous devons trouver une solution internationale. Aucun pays ne veut toutefois stocker les déchets de ses voisins (certains pays le feraient volontiers pour des raisons financières mais ils n’offrent pas la sécurité nécessaire). Dans notre pays nous sommes responsables des déchets que nous produisons et cela vaut même pour ceux qui s’opposent aux centrales nucléaires parce que eux aussi ont une responsabilité à l’égard des générations futures (ainsi, il peut arriver que l’on soit responsable de quelque chose que l’on n’a jamais voulu…). La contribution d’Esther aborde également un problème de conscience : nous avons tous les moyens d’économiser de l’énergie et d’utiliser les bonnes énergies. En tant que politicien, je ne peux tout simplement pas me contenter de cela. Je suis toujours un peu réticent face aux questions des journalistes qui veulent savoir si je suis ou non un modèle en matière de consommation d’énergie. Je ne crains pas de leur répondre. Mais je ne veux pas donner l’impression que cette crise pourra être maîtrisée uniquement par des comportements individuels exemplaires. Il nous faut aussi des prescriptions et des lois. La conscience d’un homme politique ne peut pas se limiter à son comportement individuel, il doit bien plus essayer de faire en sorte que des normes puissent être édictées.

Vous êtes nombreux à souhaiter de telles normes: Regula Maggior ou M. Dijkgraaf par exemple. Nous les proposerons dans notre plan d’action. Mais je sais d’ores et déjà qu’il y aura d’âpres discussions, car l’opposition se manifeste lorsque les choses se concrétisent. Les cantons diront peut-être qu’ils sont en charge et non pas la Confédération. Les propriétaires promettront de faire le nécessaire pour prouver qu’ils n’ont pas besoin de directives, etc. Cela nous amène directement au second problème, abordé par certains d’entre vous, notamment par Marco Shell : la politique du consensus, le principe de collégialité et la démocratie directe expliquent-ils le fait que les choses n’avancent pas suffisamment vite chez nous ? Aujourd’hui, il est fait état dans la presse d’un conflit d’intérêts actuel : le canton de Berne veut agrandir le barrage du Grimsel afin de promouvoir les énergies renouvelables. Les associations de protection de l’environnement s’y opposent parce qu’une partie du site naturel sera immergé. Un conflit d’intérêts classique qui, dans notre système de démocratie directe, sera long à régler. La semaine prochaine, après des années de négociations, la taxe sur le CO2 sera probablement enfin adoptée par le Parlement et la révision des lois sur l’énergie et l’approvisionnement en électricité arrive à sa fin. Ainsi, j’aurai encore l’occasion de me pencher de manière plus approfondie sur ces questions qui me tiennent également à coeur.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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