Miss Schweiz 2008
Election de Miss Suisse 2008 (KEYTONE/Karl Mathis)

Et encore une Miss Suisse! Je dois à ce sujet avouer que je ne suis pas parvenu à retenir les noms des lauréates précédentes. En tout cas, je félicite Whitney Toyloy de tout mon cœur et je vais tout de suite me renseigner sur la prononciation correcte de son nom, que je n’ai fait que lire jusqu’à présent. Pour sa part, la nouvelle Miss Suisse l’a clamé haut et fort : « Oui, je connais les noms des sept conseillers fédéraux ! »

Il existe certes des différences entre les Miss Suisse et le Conseil fédéral, mais aussi des similitudes. Le président de la Confédération est par exemple lui aussi élu chaque année. De nombreux politiciens, surtout à l’étranger, ont de la peine à comprendre notre système de rotation. Ils ont à peine le temps de s’habituer au président qu’un nouveau nom fait déjà son apparition. Un journal américain n’a d’ailleurs pas manqué de relever que la Suisse était l’un des pays les plus instables puisque, au cours des trente ans qu’il a examinés, il n’y a eu pas moins de trente présidents !

Il existe cependant aussi des différences. La plupart des Miss sont un peu plus jeunes que les conseillers fédéraux. De plus, il s’agit exclusivement de femmes, même si celles-ci sont maintenant mieux représentées au gouvernement fédéral, qui compte trois conseillères fédérales, sans compter la chancelière de la Confédération.

La rotation ne se fait pas non plus pour les mêmes raisons: le président de la Confédération est élu chaque année afin que chaque minorité puisse, à son tour, s’identifier à lui, tantôt la Suisse romande, tantôt la Suisse alémanique et, à des intervalles plus espacés, la Suisse italienne, voire romanche (représentée la dernière fois par le conseiller fédéral Leon Schlumpf).Tantôt il s’agit d’un représentant des villes, tantôt d’un représentant des montagnes, tantôt d’un homme, tantôt d’une femme, et le parti politique représenté change aussi régulièrement. Pour sa part, l’élection annuelle de Miss Suisse est moins motivée par l’identification de nos régions avec les plus belles du pays que par le spectacle et le divertissement en tant que tel. On a d’ailleurs parfois l’impression que ce besoin de changement est à l’origine des demandes de renouvellement au sein du Conseil fédéral. Si j’ose me le permettre, je rappellerai malgré tout qu’une certaine constance et expérience jouent aussi un rôle dans notre fonction. J’en ai précisément fait l’expérience en liaison avec une Miss Suisse : lors de ma première rencontre avec Mahara MacKay au Salon de l’auto, je m’en suis éloigné voulant éviter de faire indirectement de la réclame pour la Mercedes devant laquelle elle posait. Or ce geste, qu’elle prit personnellement, la blessa profondément, ce que je comprends. J’ai beaucoup regretté ce fâcheux malentendu. Mais lorsque je me suis retrouvé dans la même situation en face de Lauriane Gilliéron, voulant éviter un nouveau faux pas, je lui ai donné un bisou écologique en posant ostensiblement devant une voiture hybride. Il y a bien sûr aussi d’autres situations où l’expérience politique est utile, comme la semaine dernière à l’ONU lorsque, à propos du fonds mondial d’adaptation au changement climatique, j’ai présenté la proposition de la Suisse de le financer conformément au principe du pollueur-payeur.

La politique fédérale peut certainement s’inspirer de l’élection de Miss Suisse et vice versa. L’élection de Miss Suisse s’est ainsi imprégnée du sens profond inhérent au principe de rotation politique. La régularité avec laquelle des blondes venant de Suisse alémanique ont été élues plusieurs années de suite ayant été vivement critiquée, la Zurichoise Fiona Hefti a finalement cédé la place à la Vaudoise Lauriane Gilliéron, elle-même remplacée par la Tessinoise Christa Rigozzi. Cette année, une Tessinoise, une Zurichoise et une Romande se sont de nouveau retrouvées au tour final. Cette prise en compte des différentes régions du pays, les électeurs de Miss Suisse l’ont adoptée des milieux politiques.

A l’inverse, les milieux politiques pourraient s’inspirer de l’élection de Miss Suisse. Il n’est en effet encore jamais arrivé qu’une ancienne Miss Suisse se représente…

A bientôt
Moritz Leuenberger

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