La semaine dernière a eu lieu notre « course d’école », ce rituel politique de notre démocratie fédérale. L’ensemble du gouvernement, qui est en fait un collectif présidentiel, se rend dans le canton du président – ou de la présidente – de la Confédération pour s’initier aux particularités culturelles, sociales et économiques locales et rencontrer la population. Ce genre de rituel existe dans chaque système politique, même si ceux de la démocratie ne sont pas autant spectaculaires que ceux d’une monarchie. En Suisse, l’accent est particulièrement mis sur le lien direct entre les citoyens et les conseillers fédéraux. Il y a bien des personnes qui se chargent d’assurer la sécurité, mais on ne voit de barrière nulle part, de sorte que des contacts peuvent se nouer très spontanément, par exemple avec de jeunes chômeurs. Si ces entretiens ne durent pas plus que quelques minutes, ils ont néanmoins une portée symbolique. Or, les symboles jouent en politique un rôle important et ne devraient pas être sous-estimés.
J’ai toujours eu tendance à les sous-estimer et c’est pourquoi j’hésite maintenant à mettre une étiquette politique sur « Live earth », cette série de concerts rock organisés par Al Gore dans le monde entier. Al Gore s’est manifestement inspiré de la paroisse St. Anton à Lucerne où les premiers concerts rock ont été organisés contre les émissions de CO2. S’il existe un lien direct entre la taxe sur le CO2 que vient d’adopter malgré tout le Parlement suisse et la musique rock jouée dans le lieu de culte lucernois, « Live earth » aura alors logiquement un impact aussi direct, notamment sur les gouvernements australien et états-unien. Toutefois les mesures prises par les gouvernements des pays où ces concerts ont eu lieu devront combattre beaucoup plus efficacement le réchauffement climatique, vu que l’ampleur de la manifestation y dépassait largement celle de St-Anton, tant en termes de public que de décibels! Mais stop ! Je me vois prendre un ton moqueur, ce qui est certainement inapproprié. Je me demande quand même un petit peu ce que l’on gagne à ce que des milliers de personnes se rendent en voiture à un concert rock où l’on leur demande de remplacer les ampoules chez eux. Mais ce n’est sans doute pas le bon angle pour mesurer l’impact politique de tels événements. Peut-être que c’est davantage la portée symbolique qui compte et que le but est d’insister sur l’urgence d’une politique climatique à l’échelle mondiale avec des chiffres ahurissants, donc des centaines de milliers de participants et de millions de téléspectateurs et le plus de décibels possible. C’est toujours ça et j’espère bien que cette symbolique portera ses fruits lors des prochaines élections et dans la mise en œuvre de la politique climatique.
A bientôt
Moritz Leuenberger

Live earth

