
Une femme en train de trier le riz au Bangladesh.
Certains blogueurs m’ont adressé des questions sur les carburants biogènes, appelés aussi agrocarburants. Tout le monde en parle en ce moment en raison des manifestations contre la faim organisées dans le monde entier. Le problème ne date toutefois pas d’hier. En effet, il y a plus d’un siècle déjà, on cultivait sur un tiers des champs, par amour pour la mobilité, des céréales, notamment de l’avoine, afin de nourrir les chevaux appelés à tirer les nombreuses calèches de par le monde. A l’époque aussi, ce choix a été à l’origine de pénuries alimentaires, de famine et de mouvements de protestation. On a alors aussi formulé le reproche, moralement bien fondé, que l’on sacrifiait à la mobilité la santé des plus démunis.
Mais revenons au débat d’aujourd’hui: la crise alimentaire actuelle n’est pas seulement due aux carburants biogènes. Ceux-ci aggravent une crise existante, qui est avant tout structurelle. Les prix élevés du pétrole se répercutent sur les engrais et les transports. La conjoncture, qui dépend des mauvaises récoltes en Afrique et en Australie, de la sécheresse, de la forte demande dans les nouveaux pays industrialisés comme la Chine, provoque une hausse de la demande de viande et d’autres denrées alimentaires dont les prix augmentent à leur tour. En fait, il y a bien suffisamment à manger pour tout le monde, mais les prix sont trop élevés et inabordables pour beaucoup de gens. Voici mes réponses aux questions posées:
- La Suisse défend une politique restrictive en matière de carburants biogènes. Elle est le premier pays au monde à introduire le 1er juillet 2008 des critères écologiques pour leur encouragement. Nous soulignons ainsi la priorité accordée à la production alimentaire. Nous prescrivons aussi des exigences minimales pour la production de carburants conformément aux objectifs environnementaux, économiques et sociaux du développement durable.
- Les carburants obtenus à partir de céréales comme le maïs de même que ceux à base d’huile palme ou de soja ne satisfont pas à ces critères et ne sont donc pas subventionnés en Suisse.
- Une production agricole de carburants biogènes à grande échelle n’est de toute façon pas réaliste en Suisse et n’aurait aucun sens. Elle se substituerait à la production alimentaire et fourragère indigène, ce qui impliquerait une hausse des importations.
- Par contre, les carburants biogènes à partir de déchets de la biomasse présentent un bon bilan écologique. Ils ne concurrencent pas la production alimentaire.
- En raison des risques écologiques et sociaux des carburants biogènes, l’introduction d’un quota pour l’incorporation de ces derniers n’a pas de sens même si, à première vue, elle contribuerait à réduire les émissions de CO2. La réalité est parfois un peu plus compliquée et il vaut parfois la peine de l’observer de plus près.
A bientôt
Moritz Leuenberger
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