
Image: Un trou noir fictif non rotatif
Récemment, lors de la course d’école du Conseil fédéral, j’ai eu une petite conversation avec un journaliste. Je ne me rappelle plus exactement de chaque mot, il se peut donc que l’une ou l’autre phrase ne corresponde pas à ce que nous avons réellement dit…
- Dites donc, vous avez vraiment beaucoup perdu...
- C’est exact: 53. Mais je ne trouve pas cela si grave.
- Comment? Seulement 53? Mais c’est drôlement inquiétant !
- Bah…pas du tout ! Un autre membre du Conseil fédéral se trouve bien à 36 et ne s’en préoccupe pas. Et il a raison.
- 36? Mais même Widmer Schlumpf fait plus.
- Oui, elle avoisine les 73 et me devance de beaucoup. Non, je veux dire Couchepin, il gravite toujours autour de 36.
- Widmer Schlumpf n’atteint pas 73, jamais de la vie ! Et Couchepin, il dépasse certainement les quatre-vingt!
- Ce n’est pas ce que disent les sondages.
- Quels sondages? Ah, vous parlez de la cote de popularité des conseillers fédéraux ! Mais je pensais à autre chose, les résultats publiés sont de toute façon erronés. Ce n’est d’ailleurs pas notre journal qui a mené l’enquête. Non, je voulais évidemment parler de votre poids.
- Mon poids? Mais quelle importance a donc mon poids? Il ne donne aucune information sur mon poids sur le plan politique. Nous ne faisons quand même pas partie du règne animal !
- Pas si sûr. Pourquoi certains ne cessent-ils de dire que vous avez l’air fatigué? Parce que vous avez perdu du poids! Cela vous donne un air anémique et c’est pourquoi le Blick n’hésite pas à évoquer votre démission dans ses titres…
- …démission dont il n’est ensuite plus question dans l’article lui-même.
- Mais les gens retiennent le titre. C’est le titre qui a encouragé la NZZ am Sonntag à ouvrir la chasse estivale. Et l’on sert si facilement de gibier…
- Allons donc, ce ne sont que des règlements de compte d’ordre tout à fait personnel venant de gens directement concernés, cela saute aux yeux!
- Néanmoins, croyez-moi: ce n’est pas fini. Nous ne sommes qu’au début du creux de l’été. Il y a toujours une foire d’empoigne pour déterminer qui tire le gros lot. Les présidents de parti, les lobbyistes ou des députés en quête de notoriété nous jettent l’hameçon et nous n’avons plus qu’à choisir : des ragots sur la vie privée du chef de l’armée? Une histoire sur le DFAE et la Colombie? Ou encore des démissions du Conseil fédéral? Voilà un sujet particulièrement apprécié. Tous entrent en ligne de compte, à l’exception de Doris Leuthard. Félicitations, vous êtes le premier !
- En effet, vu sous cet angle, je peux vraiment être fier. Le creux de l’été, c’est moi. Toutefois, je me demande quand même pourquoi c’est justement moi qui l’ai remporté.
- Je me tue pourtant à vous le dire: parce que vous avez beaucoup perdu!
A bientôt (peut-être même encore avant la fin du creux de l’été)
Moritz Leuenberger
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