
Traître! Mérite un carton jaune ! Briseur de collégialité! Effrayant le catalogue de reproches dont m'accable la NZZ.
Mais qu'ai-je fait pour mériter cela ?
Dans un discours récemment prononcé au Tessin, j'ai souligné que les baisses d'impôts de ces dernières années ont induit des pertes de 1,5 milliard de francs au niveau des recettes fiscales, montant qu'il s'agit maintenant de compenser en économisant. J'ai mentionné que je connaissais le rôle de la collégialité et que je m'en tiendrais aux décisions prises en son nom (position courageuse s'il en est, mais à vrai dire, avais-je le choix, moi qui devrai défendre devant les cantons les décisions prises en la matière?). J'ai également signalé qu'il m'appartenait aussi de souligner les conséquences de telles économies, soit une absence de fonds pour entretenir et investir dans les infrastructures que sont par exemple le rail, les routes ou la protection contre les crues. Certes, on ne saurait nier qu'il faut assainir les finances de la Confédération. Ces derniers jours, le département des finances a annoncé le plus officiellement possible que les allégements fiscaux déjà décidés entraîneraient un manque de deux milliards de francs. Mais pourquoi, au nom de la collégialité, ne pourrais-je pas qualifier de dramatiques les conséquences de ce déficit ? Les camoufler consisterait en fait à taire la vérité. Certes, il est parfaitement légitime de ne pas transférer nos dettes aux générations à venir et donc d'assainir les finances fédérales. Mais pour la même raison, on ne saurait leur laisser des dettes au niveau des infrastructures, car lorsqu'il faudra rattraper l'entretien négligé, la facture sera encore plus salée. Il est donc absolument légitime de faire participer les générations à venir à nos investissements actuels car elles en profiteront également. En clair, lorsqu'il s'agit d'investissements, il est permis de s'endetter jusqu'à un certain niveau.
Il en va aussi de notre existence ici et maintenant. Le succès économique de notre pays repose sur des infrastructures saines. Nombreux sont ceux qui se rengorgent suite à la récente publication d'un rapport du WEF: dorénavant la Suisse est le pays le plus compétitif du monde. Mais ont-ils aussi lu le rôle joué par nos infrastructures dans ce premier rang de la Suisse? Les infrastructures concourent de manière vitale à notre bien-être et leur rôle va bien au-delà du simple aspect économique. Nous sommes fiers de la ponctualité de nos trains comme de notre réseau routier. Et nos infrastructures font partie de l'identité du pays, nécessaires à la cohésion sociale, donc faisant le lien entre toutes les régions. C'est aussi pour cela que tous les cantons revendiquent maintenant à cor et à cris des investissements. Personne n'a envie de réseaux de transport en mauvais état, de trains bondés et régulièrement en panne, de routes perpétuellement engorgées.
La croissance spectaculaire du trafic ferroviaire suffit à démontrer le bien-fondé de ces revendications.
Il faut poursuivre le débat.
Dernièrement, j'ai utilisé la métaphore du phare pour qualifier la NZZ, un quotidien que j'apprécie énormément, ajoutant également qu'un marin raisonnable, ballotté par la mer démontée, ne vise jamais le phare, sous peine d'y fracasser misérablement son embarcation. Désormais, je peux m'orienter principalement grâce aux signaux d'avertissement émis par la Falkenstrasse, et, malgré le raz de marée qui menace d'emporter impôts et recettes, indiquer au moins la direction à prendre si l'on souhaite un avenir responsable pour nos infrastructures.
A bientôt
Moritz Leuenberger
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