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Je me souviens encore comment, il y a quelques années, un journaliste avait commencé son interview en me provoquant, me reprochant une certaine usure et m’invitant à démissionner. Il s'attendait probablement à ce que je mette immédiatement un terme à notre entretien, ce qui lui aurait donné l'occasion d'écrire un article croustillant. Or ses propos étaient tellement exagérés que je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire. J'ai réagi de la même manière il y a quinze jours à la lecture de la Weltwoche. Sous ma photo, on trouve la légende suivante: Moritz Leuenberger - Gestapo des médias. A nouveau, je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Toutefois, par la suite, on m’a souvent interpellé à propos de cet article. De nombreuses personnes ont trouvé que cette remarque n'était pas justifiée et qu'elle n'avait rien de drôle. En Allemagne, une telle comparaison aurait eu de sérieuses conséquences politiques parce qu'elle conduit indirectement à minimiser le régime nazi. Les comparaisons de ce genre suscitent des réactions très vives et c'est tout à fait compréhensible. Nous venons de nous en rendre compte tout récemment. Un conseiller national a créé la polémique en Allemagne après avoir comparé Peer Steinbrück à un nazi. La déclaration de Peer Steinbrück au sujet des Indiens était bien innocente par rapport à celle de Franz Müntefering selon lequel autrefois, on aurait fait la guerre à un pays comme la Suisse.

Cette course à la visibilité médiatique s'est accompagnée d'une inflation verbale qui a dévalorisé l’art de la polémique politique. Les accusations les plus grossières sont tellement exagérées qu'elles en deviennent risibles. L'honneur blessé pour lequel nous nous serions encore battus en duel il y a un siècle n'est quasiment plus de mise.

Quoi qu’on en dise, sous le blindage apparent, nous sommes tout de même touchés. Dans une exagération, il nous arrive de découvrir le véritable sens des mots et nous nous sentons alors blessés dans notre honneur. Les habitants des bidonvilles de Bombay critiquent le titre du film „Slumdog Millionaire“ parce qu'il les taxe de chiens. Désormais, ce sont les Indiens d'Arizona qui s’offusquent de la comparaison avec les Suisses. "Nous Indiens Havasupai n'essayons pas de frauder le fisc et n'aidons personne à le faire." Cette comparaison est une insulte suprême lancée à la face des premiers habitants de l'Arizona. De notre côté, nous sommes également vexés parce que tous les Suisses ne sont pas des fraudeurs. Dans les propos du ministre allemand des finances, c'est moins la comparaison avec les Indiens que celle de l'UE avec la cavalerie qui nous dérange.

Les mots prononcés au café du commerce n'ont pas le même impact que ceux diffusés à travers le monde par les médias. Plus le public visé est large, plus l'impact est grand - la responsabilité aussi. On serait donc en droit d’attendre de la part des politiques un peu de diplomatie et de responsabilité dans le choix des mots. En fait, l'OCDE devrait édicter des directives portant sur le comportement civilisé et le choix raisonné des mots. Pour la liste noire, j'ai en tête un certain nombre de candidats vivant de l'autre côté de la frontière mais aussi dans notre pays.

Quant au journaliste dont les provocations m'avaient bien fait rire à l'époque, il ne mérite pas d'y figurer. Il a changé d'emploi et travaille aujourd'hui à la Confédération où il se montre tout à fait gentil et aimable.

A bientôt
Moritz Leuenberger


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