European Rail Award, 20. Januar 2009
Remise du prix "European Railway Award" par le commissaire européen aux transports Antonio Tajani à Bruxelles le 20 janvier 2009 (KEYSTONE/Didier Jouret)

Deux événements marqueront ce 20 janvier 2009: d'une part, l'investiture de Barack Obama outre Atlantique et, de l'autre, la remise du prix européen du rail à Bruxelles. Même s'il y a fort à parier que la fête attira un plus grand monde à Washington, je me réjouis malgré tout de la cérémonie à Bruxelles.
A Bruxelles donc, le commissaire européen aux transports louera dans sa laudatio les mérites de la Suisse en matière de transfert du trafic marchandises de la route au rail, il fera l'éloge de notre NLFA et relèvera le rôle de pionnier que nous avons joué en introduisant la RPLP. Cette distinction et les louanges me réjouissent d'autant plus lorsque je songe aux longues négociations avec l'UE: lors de ces laborieux pourparlers, le commissaire européen de l'époque insistait sur le libre choix du moyen de transport et voulait par tous les moyens maintenir la RPLP au plus bas niveau possible. Aujourd'hui, tous les pays de l'Arc alpin et même l'UE se voient obligés de faire progresser le transfert du trafic et de mettre en place des instruments tels que la RPLP. En outre, l'UE étudie avec nous la possibilité d'introduire une bourse de transit alpin.

Notre politique des transports a été façonnée et entérinée par la démocratie directe à la faveur de nombreuses votations. Elle repose sur la conviction profonde que le chemin de fer est un moyen de transport durable, reliant toutes les régions du pays et ménageant notre environnement. Le peuple ne s'est cependant pas contenté de donner sa bénédiction à des propositions du Conseil fédéral, il a aussi développé lui-même des idées qui n'étaient pas toujours du goût de ce dernier. Que l'on songe par exemple à l'initiative des Alpes et à son article constitutionnel, qui nous donne d'ailleurs toujours du fil à retordre et ne pourra sans doute pas être intégralement mis en œuvre avant l'ouverture du tunnel de base du Saint-Gothard. Que l'on songe encore à la bourse de transit alpin, une idée émanant également de l'Initiative des Alpes, que le Parlement a reprise sur proposition du Conseil fédéral et que tous les pays alpins veulent maintenant mettre en œuvre en collaboration avec l'UE.
Voici ce que signifie la démocratie directe: des citoyens qui contribuent à définir notre politique, leur rôle ne consistant pas à approuver lors de référendums des projets concoctés par les autorités. Pourtant la tâche n'est pas toujours aisée pour ceux qui sont ensuite chargés de mettre en œuvre des initiatives audacieuses. Mais c'est bien là que réside l'essence de la démocratie: elle doit se renouveler en permanence en se nourrissant d'idées visionnaires, quand bien même celles-ci peuvent paraître irritantes à première vue.

C'est pour ces raisons que je dédie ce prix à la population suisse et que j'ai choisi de remettre à l'Initiative des Alpes les 5000 euros dont il est doté. J'y mettrai cependant une condition: que les euros ne soient pas échangés contre des francs suisses, mais qu'ils profitent à la politique européenne des transports. En effet, par la voix de son commissaire aux transports, l'UE démontre qu'elle soutient la politique suisse des transports et qu'elle est de plus en plus disposée à faire progresser avec nous le transfert du trafic marchandises de la route au rail.

La politique ferroviaire et la politique des transports en général ne se résument pas à des arguments rationnels: en effet, les Suisses s'identifient avec leur chemin de fer, ils aiment voyager en train. Leur passion se propage non seulement à l'UE, mais a même franchi l'océan et gagné Barack Obama, qui s'est dit: „Yes, we can!“ et s'est résolu à se rendre en train à la cérémonie d'assermentation d'aujourd'hui. Ses fans - et pas seulement eux - en ont été tous ravis.
Nous souhaitons bonne route à la politique européenne des transports ainsi qu'au nouveau président des Etats-Unis.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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