
Les dévastations causées par l’ouragan Katrina à Gulfport, Mississippi (source: Wikipedia)
Les esprits s’échauffent, et pas seulement ceux des commentateurs. Bien sûr, les mesures d’aide n’ont pas été décidées du jour au lendemain, elles ont été préparées de longue main pour le cas où l’UBS serait dans l’incapacité de se recapitaliser par ses propres moyens. Nous n’avons d’ailleurs fait aucun mystère des travaux en cours, même si nous nous sommes abstenus d’entrer dans les détails. Afin de ne pas mettre en danger les efforts entrepris et de ne pas aggraver encore la perte de liquidités, je ne pouvais pas donner plus tôt des informations précises sur les mesures envisagées. Mais c’est aller un peu loin que de m’accuser tout de suite de mensonge, même si je peux comprendre l’indignation générale. J’ai d’ailleurs fait part de la mienne dans mon avant-dernière contribution. Mais il faut passer outre ce genre de sentiment. La colère doit céder la place au courage d’assumer nos responsabilités. Quant à la colère de tous ceux qui n’exercent pas directement de fonctions politiques, elle devrait plutôt se diriger contre la gravité de la situation et ses causes que se focaliser sur le fait qu’on a évité le pire. En effet, personne n’a estimé qu’un „ grounding “ serait une solution valable. Pour canaliser cette colère, il faudra adopter des prescriptions sur l’octroi de bonus (un des journaux dominicaux annonçait que l’UBS envisageait de verser des bonus pour un montant de sept milliards !) et instaurer un système de surveillance internationale des marchés financiers pour contrebalancer la mondialisation des multinationales et des marchés.
Il faudra cependant aussi reconnaître le fait que l’Etat n’est pas la vache à lait du marché, que les mesures de soutien ne suffisent donc pas et que l’Etat ou - plus exactement - la communauté internationale devra définir des règles pour le marché.
Nous arrivons au terme d’une période de trois décennies dominée par une tendance initiée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan en réaction aux idées de Mai 68. Cette tendance a abouti à la plus vaste intervention de l’Etat de tous les temps. Nous nous trouvons maintenant face à une double tâche:
Après des années d’idéologie du marché, nous devons revenir à la primauté du politique et abandonner l’idéologie au profit de solutions pragmatiques. En effet, nous devons non seulement faire face à une crise économique, mais aussi à une crise énergétique et écologique. Dans ce domaine, certains n’ont toujours pas renoncé à leur foi indéfectible dans les règles du marché pur et dur, capable à leurs yeux de résoudre tout seul l’ensemble des problèmes de manière équitable sans que l’Etat n’instaure de garde-fou. L’idée qu’il serait possible d’atteindre nos objectifs de réduction de CO2 par le seul échange de quotas d'émission sans que nous ne prenions de mesures chez nous est ainsi toujours défendue, notamment par la Fondation Centime Climatique, qui a par ailleurs dépensé des millions pour sa propre publicité…
Mais c’est un faux calcul. Il est en effet purement spéculatif de croire que les certificats d'émission des pays en développement et des pays émergents reviendront toujours meilleur marché que les réductions réalisées chez nous. Aujourd’hui, la plupart des certificats proviennent d’Inde et de Chine, des pays qui ne seront bientôt plus disposés à fournir aux pays industrialisés des certificats bon marché. Le prix de ces certificats étant déterminé par la demande, il augmentera en fonction du nombre de pays demandeurs. Il dépend cependant aussi de l’offre : les pays en développement se sont rendu compte qu’ils peuvent exiger pour un certificat un prix supérieur à sa valeur réelle. Il est par conséquent extrêmement risqué de miser exclusivement sur les certificats étrangers, qui pourraient nous coûter cher.
Si la crise financière nous amène maintenant à renoncer à nos objectifs climatiques ou si nous croyons que ceux-ci pourront être réalisés en appliquant simplement les règles du marché, nous serons confrontés dans quelques années aux répercussions du changement climatique. Or, mis à part les dégâts matériels provoqués chez nous et dans d’autres pays, ces répercussions seront avant tout financières.
A bientôt
Moritz Leuenberger
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