Une poignée de dollars (Photo: freefoto.com)

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Suite à l’indignation liée à la crise financière, le ton de certains commentaires s’est nettement durci et les attaques personnelles se sont multipliées, une évolution qui embarrasse d’ailleurs les commentateurs qui aspirent à mener ici un débat sérieux et serein. Et pas seulement eux, mais aussi les nombreux lecteurs qui ne publient pas de commentaires. J’ai donc chargé notre webmaster de mettre fin à ces joutes verbales et de ne plus publier les commentaires les plus hargneux. La situation ressemble un peu à celle qui règne dans une salle de réunion : lorsque le ton monte un peu trop et qu’un orateur devient franchement grossier, l’animateur du débat se doit d’intervenir et de l’interrompre. C’est ce que je suis malheureusement forcé de faire pour préserver le sens de ce blog qui est d’entretenir la communication. Or communiquer veut dire aussi partager.

Cela étant dit, passons à autre chose:

Tout le monde s’indigne des bonus et s’emporte contre les banquiers, même ceux qui les admiraient auparavant secrètement.
L’initiative sur les banques de 1977, qui visait notamment à protéger les petits épargnants, à séparer le secteur financier du reste de l’économie, à permettre à la Confédération d’intervenir et à restreindre le secret bancaire, a aussi échoué en raison de la crainte de nombreux petits épargnants de ne plus pouvoir dissimuler leur carnet d’épargne au fisc. Les rêves secrets de faire partie un jour des gros profiteurs ont fait échouer plus d’un projet: les initiatives pour un droit foncier social ont échoué face au rêve de devenir propriétaire, rêve caressé par des gens qui n’ont jamais eu la moindre chance de pouvoir le réaliser. Combien de personnes se sont-elles endettées dans le seul but d’économiser sur leurs impôts le montant qu’elles étaient prêtes à verser aux banques pour les intérêts hypothécaires ou aux assurances pour les primes afin d’éviter de devoir le payer à l’Etat honni ? Et combien ont-ils été à vouer une admiration secrète aux grands jongleurs de la finance et à accourir en masse aux conférences de Martin Ebner qui expliquait sur des transparents et à l’aide d’obscurs graphiques comment devenir multimillionnaire ?
Et voilà que tout à coup tout le monde prend ses distances. Le président du PRD le martèle: Marcel Ospel n’aurait pas été si proche du PRD qu’on le pense, mais plus de l’UDC. Pour moi, peu importe au fond que Monsieur Ospel, au fond de son cœur, ait été « plus PRD ou plus UDC ». Ce qui compte à mes yeux, c’est de savoir combien d’argent les grands partis ont reçu des grandes banques et à quelles conditions.
Si le comportement des partis influents dans notre pays – et de ce fait notre politique financière – est dicté par la carotte tendue par les grandes banques, il ne faudrait pas nous étonner si ailleurs on en appelle au bâton contre notre politique, aussi déplacés ces propos soient-ils.
Je me réjouis certes qu’après des années d’idéologie du marché, beaucoup de personnes reviennent à la primauté du politique. Mais il ne faut pas que cela signifie simplement « davantage d’Etat », mais « davantage de démocratie ».
Je constate en effet dans le débat actuel une étrange admiration pour des pays comme Singapour, la Corée du sud ou pour les monarchies pétrolières où un chef ou un clan peut prendre les décisions à la manière d’un despote sans être freiné par la démocratie, ô combien encombrante.
Nous sommes de nouveau en présence d’une fascination sans bornes face à l’or vif.
Auparavant, c’était l’économie américaine déréglementée, où l’argent était vite gagné, qui servait de modèle. Aujourd’hui, ce sont des pays qui font soudainement une percée économique mais qui bafouent sans scrupules les droits de l’homme et la démocratie.
La crise financière est aussi une crise des rapports entre la démocratie et l’économie.
Notre Parlement ne compte presque plus d’entrepreneurs et les chefs de nos entreprises ne se soucient plus le moins du monde de notre système de milice, étant donné qu’il leur est parfaitement étranger. Il y avait certes auparavant un risque de magouilles, mais les dirigeants avaient au moins encore un sens des processus démocratiques, des proportions et de l’équilibre.
Toute société et même la communauté internationale ne peuvent survivre que si leurs forces sont tenues en équilibre et qu’aucune force ne croît démesurément. Il faudrait donc profiter de la crise pour renforcer la démocratie et perfectionner les règles internationales valables pour le marché mondialisé.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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