Remous
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Les propos que j’ai tenus sur les conducteurs dangereux me confrontent à un tout autre type de phénomène. Je vois comment les raccourcis et les simplifications des médias sont susceptibles de déformer peu à peu le propos initial en tournant un raisonnement original et nuancé de manière qu’il se fonde d’abord dans le courant dominant de l'opinion publique avant d’être aspiré dans les remous de l’opinion majoritaire.

Tout a commencé par les trois dernières contributions au blog, qui ont suscité près de deux cents commentaires et ont été reprises par plusieurs médias. Après quoi, la SonntagsZeitung a sollicité une grande interview. L’entretien avec les deux journalistes a été enrichissant; j’apprécie lorsqu’une interview n’est pas qu’une simple succession de questions et de réponses et qu’elle débouche sur une vraie discussion stimulante.

  • Il est tout à fait normal que la version écrite de ce genre d’interview en fasse une synthèse et qu’une bonne partie de ce qui a été dit ne s’y trouve plus. Je suis néanmoins satisfait du texte publié, car il fait état de mes doutes au sujet du durcissement des peines et met l’accent sur le vaste éventail de mesures prévues par le programme via sicura. C’est pourquoi je me réfère volontiers à cette interview intitulée : « Die Justiz zeigt merkwürdige Beisshemmungen » (« La justice fait preuve d’une surprenante retenue »).
  • Par contre, l’accroche figurant en une simplifie beaucoup plus mon propos. Elle mentionne uniquement ma critique de la justice et les peines plus lourdes que je réclame. Mais même cela passe encore, étant donné que l’on n’a qu’à lire quelques pages plus loin l’interview dans son intégralité.
  • Ce qui n’avait en revanche plus aucun rapport avec l’interview, c’était la manchette du journal, qui annonçait: „LEUENBERGER: TODESRASER SOFORT INS GEFÄNGNIS!“ (LEUENBERGER: LES CHAUFFARDS MEURTRIERS DOIVENT ALLER DROIT EN PRISON !) et que l’on a pu lire à tous les points de vente du pays.
  • Le téléjournal m’a alors demandé une interview sur le durcissement des peines que je réclamais et ma critique de la justice. J’ai accepté à condition que le fond de ma pensée soit correctement rendu. En dépit des garanties données, le montage final mettait trop l’accent sur ma critique de la justice.
  • Le lendemain, on pouvait lire dans les journaux que je soutenais l’initiative de roadcross (ce que je n’ai jamais dit) et que je réclamais l’internement des chauffards.
  • Suite à tout cela, j’obtiens justement le soutien des milieux auxquels j’avais voulu expliquer dans l’interview initiale que si un durcissement des peines se justifiait d’un point de vue moral, son effet préventif restait limité.

  • A force d’être constamment simplifiés et interprétés, mes propos ont fini par être assimilés au courant d’opinion dominant demandant des peines plus sévères et les critiques n’ont bien sûr pas tardé. Je ne peux par conséquent pas en vouloir au Landbote qui me reproche d’être populiste en titrant „Ich bin auch ein Christoph Blocher“ (« Je suis aussi un Christoph Blocher »).

J’ai constaté à quel point toutes les personnes intéressées étaient elles-mêmes convaincues de la nécessité de durcir les peines et qu’elles étaient contentes que je les conforte dans leur opinion. Je raconte toute cette histoire sans adresser de reproche à qui que ce soit (sauf peut-être à moi-même, car je n’aurais pas dû faire suivre l’interview parue dans le journal par une interview aux médias électroniques - où le raccourci était inévitable). Par cet exemple, je veux seulement montrer comment des propos, sous l’effet du travail de nombreux spin doctors et d’interprétations subjectives, peuvent être défigurés et que ce phénomène ne m’épargne pas non plus. Il ne me reste donc plus qu’à espérer que la présente contribution ne sera pas à son tour déformée et ne finira pas par passer pour un coup de gueule contre les médias.

A bientôt
Moritz Leuenberger


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