Klimakonferenz Poznan 2008
Photo: OFEV

Il faut un certain temps pour se faire aux conférences de l’ONU, qui ont parfois quelque chose de kafkaïen. Comme par exemple la semaine dernière en Pologne. Une dizaine de milliers de délégués courant dans tous les sens dans les salles surchauffées du centre de conférence de Poznan. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon prononce un discours enflammé et émouvant. Al Gore prend la parole. Dans mon allocution, je compare la crise financière à la crise climatique. Les ministres se rencontrent pour des entretiens bilatéraux. Les organisations écologiques rappellent l’existence du changement climatique et la leur en ne manquant de se mettre habilement en scène. Les délégués des milieux économiques se rencontrent dans des salons réservés, alors que ceux des associations écologiques sont assis en hémicycle à même le sol avec leurs laptops, regardant leur ordinateur comme les membres d’un groupe de rencontre observent leur feu de camp. Un adolescent membre de Greenpeace tient absolument à ce que j’accroche un bonhomme de pâte à l’arbre de Noël et que j’exprime mes vœux en matière de climat dans une vidéo « à titre de contribution à la protection du climat ». Dans des centaines de groupes et de sous-groupes internationaux, des diplomates, des savants et d’autres membres de délégation négocient les moyens de venir à bout des incompatibilités existant entre les mécanismes et les modes de calcul des différents pays. Les gardes du corps fraient à leur ministre un chemin à travers la foule compacte. Les groupes des délégations se faufilent comme des convois de train pour rejoindre leur salle de réunion. Le dernier jour, les pourparlers durent jusqu’après minuit et ce n’est pas avant trois heures du matin que les délégués conviennent d’un texte. Ils sont soulagés, tous convaincus qu’ils ont fait un important pas en avant. Mais le verdict sur l’issue de la conférence est partout le même: « Pas de résultats tangibles! »
Evidemment, la perception des participants diverge totalement de celle des observateurs des médias. Je ne sais parfois pas si je dois me ranger du côté des sceptiques ou de celui des optimistes.
Je dois toujours me rappeler qu’une convention sur le climat suppose la recherche d’un consensus. Si l’on pense à tout le temps qu’il nous faut rien qu’en Suisse pour trouver une solution susceptible d’être acceptée en votation ou à nos procédures de consultation, à nos procédures d’élimination des divergences entre Conseil national et Conseil des Etats et au fait qu’il nous a fallu plus de vingt ans de débats avant d’introduire une taxe sur le CO2, force nous est de constater qu’il sera encore bien plus laborieux de trouver un consensus à l’échelle mondiale entre les intérêts des pays industrialisés, des pays émergents, des pays en voie de développement et entre des langues et des cultures complètement différentes. Il faut déjà un temps fou uniquement pour s’assurer que l’on parle tous des mêmes choses. Il serait dès lors naïf de croire que l’on puisse fixer les objectifs d’une politique climatique en deux temps trois mouvements, puis trouver les moyens de les mettre en œuvre. L’incompréhension des politiciens d’autres pays face aux lenteurs de notre démocratie directe nous semble être une preuve d’ignorance, voire d’arrogance. Si la conférence de l’ONU sur le climat parvient maintenant à convenir des règles contraignantes pour la période après Kyoto, elle aura accompli un exploit – un exploit qui est toutefois nécessaire et urgent. C’est aussi pour rappeler cette urgence à l’ensemble de la planète que la conférence de Poznan a eu lieu. La préparation de Copenhague bat son plein et nous travaillons tous dans l’espoir que cette conférence aboutira.

A bientôt
Moritz Leuenberger

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