
Palais fédéral : la place Fédérale
Début de l’année. Les nombreux vœux de nouvel an et félicitations pour l’élection ont tous été lus. Certains de leurs auteurs ont déjà reçu une réponse. Les bonnes résolutions sont prises et l’on a écouté les bons conseils prodigués de toutes parts. Le travail au Palais fédéral peut reprendre.
Mais en quoi consiste au fond le travail d’un conseiller fédéral ou d’une conseillère fédérale? En lisant mon blog, l’on pourrait croire que je ne m’occupe que de politique climatique et énergétique. L’auteur anonyme du coup de griffe paru hier dans la NZZ am Sonntag (pour qui j’«abuse de l’ordinateur de la Confédération pour mon blog privé ») estime que le vrai travail d’un conseiller fédéral se limite à bûcher ses dossiers, et ne réside en tout cas pas dans l’entretien de relations publiques (sauf évidemment quand il s’agit d’une interview à paraître dans le journal pour lequel ce chroniqueur travaille). Or, de nombreuses demandes d’interviews proposent d’aborder des sujets tels que « Quarante ans après 1968 », «Le Conseil fédéral sans Blocher »; il y a un nombre incroyable de demandes d’exposés sur des sujets techniques ou de discours sur des questions fondamentales ou de débats dans des écoles. Certains représentants de cantons, d’institutions ou d’associations souhaitent fixer des réunions, alors que d’autres estiment que ce sont les délibérations au sein du Conseil fédéral qui comptent.
C’est l’ensemble de tous ces domaines qui forme mon travail.
• La collaboration avec le Parlement: bien que la première session du nouveau Parlement vienne de s’achever, la nouvelle législature ne commence vraiment que maintenant. Les commissions parlementaires sont formées en fonction de l’importance des différents groupes et l’on y rencontre des nouveaux visages. Personnellement, j’ai surtout affaire aux Commissions de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie (CEATE) et aux Commissions des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national et du Conseil des Etats. Contrairement à l’impression qui se dégage des commentaires sur mon blog, le travail au sein de ces commissions ne concerne pas exclusivement la politique climatique et énergétique. La révision totale de l’aménagement du territoire, les projets de transport (réforme des chemins de fer, planification et financement des futurs projets ferroviaires en Suisse, NLFA, le programme « via sicura » de sécurité routière, le road pricing, etc.) et la révision totale de la législation postale sont également à l’ordre du jour.
• Le travail au sein du Conseil fédéral: le collège accueille un nouveau membre et il a un nouveau président à sa tête. Ces changements impliquent un renouveau politique et une nouvelle dynamique dans les relations personnelles, ce qui joue souvent un rôle plus important en politique que l’appartenance à un parti.
• Le travail pour le Parlement et le Conseil fédéral demande aussi à être préparé en collaboration avec mon secrétariat général, mon état-major, avec les sept offices de mon département et les entreprises rattachées à celui-ci telles que la Poste, les CFF, Skyguide et Swisscom. Il implique de nombreux entretiens, préparatifs et discussions sur les différentes questions, mais aussi sur la stratégie et la tactique qui permettront de parvenir à des solutions consensuelles.
• La politique est aussi un travail de communication: débattre pour se convaincre mutuellement, s’informer et se forger une opinion. Pour cela, il faut parler avec des représentants de groupes d’intérêts, avec des parlementaires, des conseillers d’Etat ainsi qu’avec des citoyens intéressés. Il faut donc discuter, donner des interviews, prononcer des discours, entretenir une correspondance par lettre ou par courriel. A ce sujet, le débat sur le blog me paraît important de même que la rédaction de mon livre « Lüge, List und Leidenschaft ». L’abondant courrier que je reçois à ce propos me prouve que cette forme de communication reste très appréciée.
• Et en plus de tout cela, il faut du temps pour développer de nouvelles idées, écouter les propositions d’autrui, s’informer de ce qui se passe dans le monde, voir et être à l’écoute. Cela signifie aussi aller de temps en temps au cinéma ou au théâtre, lire un livre, flâner au marché et faire ses achats. Oui, je prétends que ces activités font aussi partie du travail d’un conseiller fédéral parce que les décisions politiques ne doivent pas être prises par des eunuques dans une tour d’ivoire.
Concernant tous ces domaines, j’ai pris de bonnes résolutions durant les fêtes: je me rendrai à toutes les séances des commissions parlementaires, je préparerai consciencieusement les séances du Conseil fédéral, y compris les dossiers de mes collègues, j’accepterai toutes les demandes d’interviews, je répondrai à toutes les lettres, je donnerai suite à toutes les demandes de participation à des débats ou d’allocution, je lirai les articles de journaux et les livres importants, j’apportai au moins une contribution hebdomadaire à mon blog, je serai à la disposition de tous dans la mesure où mes activités et mes obligations me le permettront.
A bientôt
Moritz Leuenberger
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