Le Conseil federal in corpore elu mercredi 10 decembre 2003 a Berne s'apprete a preter serment devant l'assemblee federale. Moritz Leuenberger, Pascal Couchepin, Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey, Christoph Blocher, Hans-Rudolf Merz et la Chanceliere federale Annemarie Huber Hotz. (KEYSTONE/Lukas Lehmann)
Le Conseil federal in corpore elu mercredi 10 decembre 2003 a Berne s'apprete a preter serment devant l'assemblee federale. Moritz Leuenberger, Pascal Couchepin, Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey, Christoph Blocher, Hans-Rudolf Merz et la Chanceliere federale Annemarie Huber Hotz. (KEYSTONE/Lukas Lehmann)

En choisissant « La Vague » de Hokusai pour illustrer ma dernière contribution, je voulais établir un lien entre les dangers d’inondation liés à des catastrophes naturelles et la vague d’émotions suscitée par le débat sur la conservation des armes. Mais maintenant, cette vague symbolise clairement l’énergie condensée des commentaires qui s’élèvent, non seulement par leur ampleur, mais aussi par leur richesse argumentative, bien au-dessus de mes réflexions sur le bonheur et la politique. Pourtant, je voudrais malgré tout souligner que j’entendais, par mon commentaire, mener une réflexion critique allant dans le sens de vos remarques: bien sûr, le « bonheur » doit être concrétisé dans le débat politique par des « échelles de valeurs sociales définies » (Andreas Stäubli), et j’en ai mentionné quelques exemples tels que la santé et le bien-être. Ceux-ci doivent évidemment encore être précisés dans chaque domaine, ce qui fait l’objet d’un débat politique. C’est aussi ce que je réponds à Lisa, qui exprime sa méfiance à l’égard de la responsabilité de l’Etat de mettre en place un cadre pour les formes de vie individuelles. J’ai d’ailleurs précisé que seul un Etat totalitaire veut contraindre au bonheur ses citoyens (en fixant par exemple le nombre d’enfants autorisés par couple, en réglant l’aménagement des loisirs ou en proclamant qu’ « il est beau et glorieux de mourir pour la patrie »). Lors de la définition politique de ces conditions-cadres, la liberté des uns s’oppose toujours à la sécurité des autres, qu’il s’agisse de l’endroit où sont conservées les armes, des limitations de la vitesse sur les routes ou des émissions polluantes des véhicules motorisés. On remarquera à cet égard que l’on est bien plus disposé à restreindre la liberté en faveur de la sécurité après un accident ou une catastrophe qu’en temps normal. Dès que le risque théorique se concrétise et se traduit par des morts et d’importants dégâts, des voix s’élèvent pour reprocher aux responsables de ne pas avoir promulgué des prescriptions plus tôt (Überlingen, Höngg). Il est par contre plus difficile de défendre un programme abstrait tel que « via sicura ». C’est précisément pour ces raisons qu’il faut une politique fiable qui opère avec des analyses de risques abstraites et ne se contente pas de réagir à des sursauts d’indignation (aussi justifiés soient-ils).

Il est par ailleurs intéressant de relever que, selon les recherches sur le bonheur, un cadre politique stable contribue au bien-être des gens. L’économie aussi préfère généralement la stabilité politique, même si elle verrait d’un bon œil des ministres plus cléments à l’égard des milieux économiques. Il est pour elle préférable de savoir à quoi s’en tenir plutôt que d’assister à des changements politiques.

Voyons donc mercredi prochain quelles conditions l’Assemblée fédérale suisse créera pour le bonheur des citoyennes et des citoyens. Ce sera facile à mesurer puisqu'il suffit de comparer la composition du Conseil fédéral au début et à la fin de la semaine.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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