Pylônes dans la région de Tagelswangen (KEYSTONE/Steffen Schmidt)

Pylônes dans la région de Tagelswangen (KEYSTONE/Steffen Schmidt)

En sortant du lit après la pause du Nouvel An, je me suis levé du pied gauche en entamant la nouvelle semaine de travail. La première journée était entièrement réservée à l’approvisionnement en électricité et aux négociations avec l’UE. Beaucoup de choses sont allées de travers. Le commissaire européen Andris Piebalgs devait venir avec le vol de ligne des British Airways en provenance de Bruxelles, mais le pilote n’en finissait pas de tourner en rond au-dessus du brouillard bernois, annonçant à tout bout de champ qu’il allait atterrir dans dix minutes. Finalement, il s’est résolu à ne pas prendre de risques et à atterrir à Bâle, où il a fallu aller chercher le commissaire européen en hélicoptère. Comme nous devions encore intervenir au Congrès suisse de l'électricité, notre entretien a dû se limiter à l’essentiel. Ce n’était toutefois pas si grave, car nous nous connaissons bien. En ce moment, les négociations avec l’UE concernant le transit de l’électricité avancent bien. Les prochains pourparlers auront lieu en février.

Pourtant, ces retards se sont répercutés sur la suite de la journée, bouleversant le programme du Congrès de l’électricité et reportant la conférence de presse qui l’a suivi. Nous avons donc été forcés de répondre aux questions des journalistes de manière expéditive et un peu abrupte. La Commission des transports du Conseil national a également dû patienter longuement avant de m’entendre, un peu essoufflé, lui exposer les enjeux de l’entrée en matière sur le projet relatif au trafic des marchandises.

Cette atmosphère agitée s’est aussi répercutée sur la communication. Dans mon allocution devant le Congrès de l’électricité, je voulais exposer une situation paradoxale: 60% de l'électricité produite par la Suisse proviennent de la force hydraulique. La plupart des consommateurs croient donc que 60% de l'électricité consommée proviennent de cette source. Or, il n'en est rien, car le courant dit "vert" peut se vendre à l'étranger à un tarif plus intéressant. Je suis moi-même intervenu auprès du ministre italien Pier Luigi Bersani pour obtenir que notre courant vert soit certifié et vendu à bon prix. Cela signifie toutefois qu'il est nécessaire d'acheter pour la consommation en Suisse du courant étranger meilleur marché provenant de centrales nucléaires ou à charbon et que les consommateurs suisses ne peuvent pas avoir aussi bonne conscience. A moins de commander (pour un peu plus d'argent) du courant écologique. Si beaucoup de gens optent pour cette solution, ce courant pourrait venir à manquer. C'est pourquoi je me suis permis de signaler aux producteurs suisses d'électricité qu'ils profiteront de la nouvelle rétribution de l'injection prévue par la loi sur l'énergie et devraient envisager de nouvelles installations pour les énergies renouvelables.

Au cours du congrès, un participant s'est déjà plaint de ce que je m'en serais pris aux producteurs d'électricité en leur reprochant de vendre du courant écologique à l'étranger. Je lui ai alors signalé qu'il ne s'agissait pas là d'un reproche, mais de la constatation d'une situation paradoxale. Le soir, j'ai encore appris avec étonnement par l'émission "10 vor 10“ de la télévision suisse alémanique que j'avais sévèrement rappelé à l'ordre les producteurs d'électricité. Lorsque j'ai dit que nous devrions nous efforcer d'éviter une hausse du prix de l'électricité après l'ouverture du marché, un magnat de l'industrie électrique y a immédiatement vu une demande de baisse des prix, une exigence qui m'est aujourd'hui reprochée dans la NZZ. C'est un tout autre son de cloche que l'on entendait à l'époque des plaidoyers en faveur de la nouvelle loi. Je continue à penser que si la première étape de la libéralisation du marché entraîne une hausse des prix, l'ouverture totale du marché ne trouvera pas grâce aux yeux du peuple.

Le début de l'année a été marqué par une succession de malentendus. Je suis curieux de voir si cela se poursuivra dans l'interprétation des présentes considérations.

A bientôt

Moritz Leuenberger

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